Du théâtre Anabasis aux carnets de Sarah Wankler
Une artiste strasbourgeoise
Strasbourg le 5 janvier 2008
Quelques fondamentaux : 1982—2006
Mon origine
Je suis née en 1957 à Minversheim. J’ai grandi dans un petit village alsacien. Fille de parents paysans, je lisais mes livres en cachette. Lire était moins utile que travailler dans les champs. Un collège a été construit dans le petit bourg à côté. J’ai été fascinée par les vies misérables et étriquées. Depuis j’ai grandi.
Mes rêves
Je rêve souvent à deux personnages de théâtre. Ils sont les doubles de mon enfance : Rosette, la paysanne d’On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset et Catherine la Muette dans Mère courage de Bertolt Brecht.
Les rôles que j’aimerais jouer
J’aimerais jouer Claire Zahanassian de Dürrenmatt ou Richard III, celui de Carmelo Bene.
J’ai partagé mon activité artistique en différents pôles que je souhaitais complémentaires : directrice artistique — comédienne — metteur en scène —pédagogue.
Mon amour de la marge
J’ai toujours été attirée par les marges, et les marginaux.
Quelques constats
La stigmatisation est productrice de rejet et de haine.
L’instruction est un mal nécessaire. L’ignorance est un mal inévitable.
Banlieues et actions pédagogiques à rebours
J’ai participé à plusieurs actions pédagogiques menées en banlieues strasbourgeoises en partenariat avec le développement culturel des quartiers et le Centre Européen de la Jeune Création, dirigé par Jean Hurstel.
J’ai été plus enseignée qu’enseignante.
Ma passion
Je suis une boulimique d’histoire qu’elle soit littéraire, historique, musicale, cinématographique, artistique, psychanalytique, sociale, anecdotique.
Apprendre toujours apprendre et mieux voir et mieux entendre et mieux discerner et mieux transmettre.
L’essentiel.
Les auteurs avec qui j’ai eu une histoire :
Je me suis intéressée à eux parce que j’ai reconnu chez eux leur exemplarité à vouloir transmettre leur rapport au monde à leurs lecteurs. J’adresse ma gratitude à tous ces auteurs, vivants ou morts. Ils ont été mes compagnons. Ils m’ont appris même quand ils se trompaient. C’est avec eux que je chemine sur la longue route du langage.
Merci à
Philippe Minyana, Slimane Benaïssa, Albert Camus, Bertolt Brecht, Samuel Beckett, Sarah Kane, Heiner Müller, Bernard-Marie Koltès, Jean-Luc Lagarce, Aziz Chouaki, Gaston Jung, Thierry Simon, Peter Handke, Christophe Huysman, Friedrich Dürrenmatt, Marguerite Duras et pardon à ceux que j’ai oublié d’énoncer et merci également à tous ceux que je lis dans l’intimité de ma chambre, ou de ma cuisine, William Shakespeare, Jean-Pierre Sarrazac, Michel Vinaver, Roland Barthes, Karl Kraus, Sophocle, Euripide, Susan Sontag, Georges Perec, Jean-Luc Godard, Thomas Bernhard.
J’ai acquis le diplôme d’État d’enseignement du théâtre en février 2006.
Pas de père
Pas de mère
Enfant illégitime
Je suis devenue une flibustière
Petite chansonnette de pirate fin du
XVIIème siècle
Les années d’apprentissage : 1982—1987
J’ai appris l’artisanat du comédien avec Victor Rotelli, metteur en scène argentin. Victor dirigeait une compagnie strasbourgeoise. Elle portait le nom d’Anabasis.
C’est avec mon corps que j’exprimerai ma relation au monde. Il deviendra mon cas d’étude. Je l’instrumentaliserai au service de mon expression.
J’ai quitté ce collectif en 1985 .
Le texte me manquait
Je suis partie à sa recherche. J’ai surmonté certains obstacles classiques contingents à l’histoire de mon origine. Je me sentais souvent illégitime dans le monde de la culture. Pierre Bourdieu disait que l’Héritage culturel n’était pas également accessible à tous les Héritiers.
Lire et écrire
Me faisaient beaucoup de bien.
J’exorcisais.
La page était mon miroir
Je me reconnaissais
Je me voyais
Je comprenais qui j’étais
Et qui je voulais être.
C’est en écrivant que je clarifiais
Pas à pas mon chemin
Celui que je devais suivre
Pour arriver chez moi.
Ma relation avec l’écriture
Pour la trouver j’ai emprunté des chemins de traverse, fait des détours, rusé avec moi-même pour déjouer mes empêchements.
Les artistes muets
Je les surnomme ainsi parce qu’ils ne parlent pas verbalement.
Ils pratiquent le langage des signes mais pas celui des sourds-muets.
Celui-ci est encore un autre langage
Celui des artistes muets
J’ai regardé les fabrications des peintres, des photographes, des vidéographes, des scénographes, des cinéastes, des performeurs du body art. J’étudiais la mise en scène en regardant des tableaux, de l’image.
Je me suis familiarisée avec les langages plastiques à l’École Supérieure des Arts Décoratifs à Strasbourg et à l’école de la vie, au gré des rencontres.
J’ai croisé des êtres qui m’ont appris à regarder.
Je n’ai pas validé mes études avec l’obtention d’un diplôme.
Peut-être ne m’en suis-je pas donné les moyens…
Le Centre Européen d’Actions Artistiques Contemporaines de Strasbourg a remarqué et récompensé en 1987 mon parcours d’artiste avec le prix du Centre Européen d’Actions Artistiques Contemporaines de Strasbourg.
Je cherche mon chemin. Je pense et je classe. Je ferme les yeux. J’écoute. Je reconnais ce que je vois, celle qui parle quand je parle. Je ne la reconnais pas tout de suite. Je n’ai pas encore choisi si la forme avec laquelle je vais m’adresser à elle sera définitive une fois pour toutes. Je ne crois pas. J’aime bien les métamorphoses. Les jeux de cache-cache.